Embrunman : Mon premier triathlon longue distance : #4 Vélo

1
784
Embrunman-triathlon-a-deux-2018
Embrunman-triathlon-a-deux-2018

Vélo :

Mes chaussures sont scratchées, je lance une accélération facile. Mais je sais ce qui nous attend, je me cale tranquillement à une vitesse faible volontairement.

Les encouragements, ça fait drôle, je suis au début du vélo, je le sais c’est partie pour une longue balade à vélo avec un parcours de dingue.

La route des puys se passe bien, je monte à mon allure, des athlètes me doublent, mais j’en double aussi, je ne m’affole pas, car je me remémore ce que nous a dit Hervé FAURE et Guy HEMMERLIN, le vélo commence après le col de l’Izoard.

Après le premier « col » je vérifie ma vitesse moyenne, 18 km/h pile, je sais que ma vitesse moyenne estimée est de 22 km/h ce qui reviendra à 8h28 de course. Jusqu’au rond-point des Orres, je sais que ma moyenne sera d’environ 24-25km/h.

Je m’arrête dès le premier ravito. Je sais qu’il était proche du départ, ce qui signifie que je pouvais m’hydrater suffisamment dès le début. Je suis étonné de voir que les gourdes ne sont pas remplies en entier ? Je demande une deuxième gourde pour la remplir à ras bord.

Le parcours est assez vallonné par la suite, mais je relance toujours à bonne allure. Je sais que je dois remonter ma moyenne toujours sans taper dans les jambes !

C’est dingue mais aujourd’hui je me sens bien. J’aime cette partie du parcours sur les hauteurs pour admirer la vue sur le lac. C’est l’heure de la descente et d’affronter mon pire cauchemar ! Et oui depuis ma chute dans le col de l’Izoard, je ne suis plus un bon descendeur ! J’ai peur. La dernière fois était il y a quelques jours avec Jiji dans la descente du col de l’Izoard vers Brunissard, j’ai pris peur et j’ai même dû m’arrêter, car j’avais l’impression que mon pneu avant se dérobait. Je freine donc avec insistance dans les virages mais je sens que je suis bien, je me focalise sur les athlètes qui sont devant moi pour me détendre et j’essaie d’adapter ma vitesse pour faire un virage propre et à allure raisonnable. Dès que le virage est passé je relance car je sais bien que je suis en dessous des autres.

Sans forcer je fais une descente agréable et j’ai même du plaisir qui revient même si pour être honnête j’ai toujours peur.

Je ne prends aucun risque, dès que des personnes me pressent derrière, je laisse passer pour me sentir libre quand je descends. Certains sont trop rapides et prennent trop de risques alors que l’on n’a même pas fait 1h30 de course sur les 8h30 que je me prévois.

Une fois sur la ligne droite en bas de la descente atteinte, je me fais plaisir et me mets à une vitesse agréable. Depuis le début de la course, ce n’est pas le chrono qui régit mon rythme, mais mes jambes doivent tourner toutes seules et sans mal ! Je sais très bien la sensation que ça fait quand on tire dedans et je sais que j’ai le marathon derrière.

Le passage sur le pont au-dessus du lac est juste à couper le souffle, qu’est-ce que j’aime cette partie, les bras sur les prolongateurs et roule ma poule, « respire, profite du paysage » c’est ça que je me dis.

Arrivé au deuxième ravito, j’ai fini ma deuxième gourde énergétique et je me dis que c’est le moment de tester une gourde isotonique de chez Décathlon, le sponsor de cette course mythique. En le prenant au 35ème km j’ai le temps de changer si ça ne va pas. Comme au premier, arrêt oblige et je me remets à transvaser les gourdes pour en avoir deux plaines, une d’eau et une d’iso. Bon je goûte, mais pour être franc je sais qu’au prochain ça sera pastille de coca même si je n’aime pas ça^^ Dans une course comme ça on ne fait pas ce qu’on veut et il faut forcément faire des sacrifices.

De nouveau lancé, je redouble jusqu’au rond-point des Orres les personnes que j’ai doublées et qui m’ont redoublé lors du ravito ^^

Beaucoup ne prenaient pas le temps de recharger leur gourde mais pour ma part, je préfère perdre du temps et avoir ce qui me faut que de manquer de quelques choses.

Certains me connaissent, mais pour ceux ou ce n’est pas le cas, je suis un adapte de « changer des choses aux derniers moments » avant une course de triathlon. Pour cette grande 35ème édition de l’EMBRUNMAN, je nous ai concocté un changement de selle à J-15. Mais le must, un changement de chaussure et de cales pied ainsi que des pneus de course neufs ☺

Voilà pourquoi je suis allé rouler avec Jiji au col de l’Izoard, le dimanche avant la course. Cela m’a permis de régler mes cales pieds qui nécessitaient quelques réglages.

BIENSUR QU’IL NE FAUT NE PAS FAIRE CA AVANT UNE COURSE !

Pour ma défense, j’avais une paire de chaussure trop petite depuis 6 mois, les sorties longues étaient un calvaire sans parler de ma selle avec laquelle j’avais mal aux fesses au bout d’une heure !

J’en profiterai pour faire un article test des chaussures, qui sont juste géniales et de la selle que je valide à 100%. Oui après Embrun on a le droit de se dire que le produit est bon.^^

Pour en revenir aux chaussures, malgré un bon départ, j’ai eu une sensation de douleur au genou gauche, qui a disparu après 1h30 de course et qui n’est jamais revenu. Je dois dire que j’ai de la chance, car j’ai failli m’arrêter pour modifier mais avec l’ajustement que j’avais fait la veille je n’avais plus à y toucher ! J’ai malheureusement un réglage différent du pied gauche et du pied droit mais le jour J, j’ai eu beaucoup de chance.

Juste avant le rond-point des Orres, je regarde ma moyenne, je suis à 26km/h ! Je n’en reviens pas, je me dis que j’ai dû forcer mais à aucun moment je me souviens avoir tapé dans les cuisses, j’en suis sûr car c’est mon objectif que je me rabâche dans ma tête. Je sourie, je me sens bien et je vais voir ma Jiji une dernière fois avant ce soir ! Je la vois sur la fin du virage et lui adresse mon plus beau sourire et lui fait coucou ! Je suis heureux c’est une course superbe.

La ligne droite est drôle, car beaucoup de personnes sont là pour acclamer les cyclistes comme dans les cols du Tour de France. L’impression est incroyable, mais contrairement à certains, je ne me fais pas griser je conserve mon allure alors que deux me dépasse.

La route jusqu’à Guillestre se passe bien. Je continue de me ravitailler pour ne pas dépasser les 1h sans rien manger ! J’ai toujours fait comme ça et ça fonctionne, mon corps réagis bien alors je continus. J’alterne gels et barres, car j’ai lu qu’il fallait favoriser les barres au début. Ça m’arrive de prendre un morceau de banane en plus lorsque je m’arrête au ravito pour remplir mes gourdes.

Je passe Guillestre et me dis que ça passe vite. Vous voulez savoir à quoi je pensais pendant mon vélo ? A rien ! Et je vais le faire jusqu’au T2 ! J’ai vidé mon esprit, je n’analyse que la course, mon état de forme et ma façon de pédaler en fonction du parcours. Il n’y a pas beaucoup de pensées parasites, je suis surpris et ça va me surprendre jusqu’au T2 !

J’attaque la route du Guil, qu’est-ce que c’est beau et que j’aime ce passage. Je profite de chaque instant sur le vélo quand je trouve le paysage beau, je me laisse toujours le droit de profiter. J’ai dit une chose à Jiji hier, Il faudra que je profite des montagnes car pendant de long mois je n’en n’aurais plus. Et ça fonctionne mon cerveau en réclame. Je me sens toujours aussi bien. La fameuse route avant de tourner pour les 15 derniers kilomètres du col de l’Izoard, j’ai un vent de face, je ne m’affole pas, je sais que ça va être long jusqu’en haut. Je me redresse, car je n’ai plus envie d’être sur les prolongateurs, même avec un peu de vent de face, je n’en vois pas l’utilité. Je commence à penser au col et prend l’initiative de me ravitailler en solide une dernière fois. C’est partie pour une petite barre.

Je tourne à gauche, le col de l’Izoard commence vraiment ! Je sais que j’ai ralentit avant et que je vais garder un rythme adapté en fonction de mes sensations. Je continu de m’arrêter au ravito d’Arvieux, le dernier avant le sommet du col de l’Izoard.

Les bidons sont remplis, alors « Charger !!!!!!!!!!!!!! » Let’s go pour le col, cette fameuse pente raide à Brunissard que je trouve la plus dure surement parce qu’il y a rien autour sauf des champs et cette impression que la pente n’est pas si raide. Là je commence à prendre un coup je suis sur ma dernière dent, 32. Mais je ne m’affole pas. Je fais mon ascension en tournant bien les jambes comme je l’ai toujours fait en col. D’après mon début de course, et mon analyse de ma fréquence cardiaque, je décide de ne pas montrer au-dessus de 160 BPM. Je pense que je le respecterai, mais je n’ai pas eu les yeux rivés sont mon compteur.

Les kilomètres s’enchaînent mais c’est dur, beaucoup plus dur que lorsque j’étais avec Jiji au Col de l’Izoard, le dimanche avant la course. Mais je me l’étais dit, car je n’avais pas roulé 85 km avant dimanche. Je me suis souvenu de Jiji qui avait un mal de chien à monter ce col, et je me suis dit aujourd’hui c’est moi qui ai un mal de chien à le monter ce col ^^.  Ça fait drôle car je l’ai déjà monté deux fois pendant ma semaine de stage. Cependant, je l’avais toujours trouvé assez facile, ou du moins sans trop de partie très difficile. Certe un col reste un col, il ne faut pas se plaindre dès que ça monte, on sait qu’on a signé pour ça alors il faut le monter.

Bien souvent je relance comme à mon accoutumé lors des virages, comme je l’avais expliqué à Jiji, « descends une voir deux dents et mets-toi en danseuse ». Ça permet de se relancer, de ne pas s’endormir sur un faux rythme et surtout de se donner de l’oxygène. En ayant descendu 2 dents, je me rassois et en remonte une et il m’en reste de nouveau une pour les moments difficiles ou alors quand j’ai envie de tourner les jambes. Mais pour une fois je trouve que j’ai souvent besoin de mettre ma dernière cassette.

Le col sera ma partie la plus difficile de ces 188 km à vélo. Mais à ce moment-là de la course, c’est dur, et je commence à me poser des questions ? Je me demande si je n’ai pas trop forcé même si j’ai toujours des jambes et que je n’ai pas l’impression d’avoir tapé dedans. Je me dis que si ça commence comme ça le reste va être long.

Toute ces phrases sont apparues dans le col de l’Izoard, rapidement, furtivement mais sont reparties très vite et ne reviendront jamais ! Et une fois à la Casse Deserte, mon coup de moins bien me quitte, je profite de la descente, me dis qu’il me reste seulement 3 km et surtout que je vais pouvoir prendre le temps de manger.

Une fois en haut, je prends le temps de regarder ma montre, en attendant mon sac. Environ 4h30, c’est exactement ce que j’avais prévu. Génial ! Je suis quand même surpris par la vitesse moyenne qui est à 21 km/h. Je trouve ça élevé mais c’est cool, le début de la course à vélo va commencer. Je me sens bien.

10 min de pause plus tard (oui j’ai pris le temps, car j’ai envie de faire une bonne course en termes de sensation) je ne suis pas là pour un chrono mais pour le finir. Une fois des forces reprises, je mets ma boîte de sardine dans l’arrière de la poche pour le stop à Briançon.

Je remets mes manchettes et commence la descente. Rapidement je m’arrête, quoi ?! Bah oui je cherche un endroit pour faire pipi et ce virage est parfait ^^

Je repars après avoir contracté une légère crampe en descendant du vélo.

Je passe enfin le virage où je suis tombé, j’ai un peu froid mais ça va, pas envie de m’embêter à sortie le coupe-vent de ma sacoche de selle et encore moins de la remettre en bas.

Au fur et à mesure des kilomètres je me réchauffe, je double une femme derrière qui j’étais, et que je remercie, car je me suis calé sur son rythme pour descendre. Elle s’est d’ailleurs calée sur mon rythme pour la montée et nous ferons le reste du trajet à nous doubler sans cesse jusqu’au Pont Neuf. C’était bien marrant de jouer au chat et à la souris, car ça occupe. Je rattrapais mon retard à chaque fois après mes arrêts ravitos jusqu’au prochain ^^ On était en tout 3-4 à faire ça.

Je fais une descente pas trop mauvaise et reprends de la confiance à chaque virage. Une fois à Briançon, stop ravito pour gourde et sardine, mais là je dois vous avouer que j’ai jeté la moitié de la boite et recraché la fin que je n’arrivais pas à manger. Je me suis bien fait rire tout seul, mais c’est bien j’avais le sourire en me disant « bon bah ça c’est fait, au moins j’aurai essayé ». D’ailleurs deux jeunes en VTT étaient là et étaient surpris de me voir manger des sardines. Ils m’ont regardé avec un air « ah dégueux » et un à dit « vous mangez des sardines ? » (l’air dubitatif) J’ai rigolé et dit « oui », ils m’ont souhaité bon courage et c’est reparti.

Je sais que le Pallon est à 135 km mais j’ai eu un problème au 119ème km, j’arrive sur une ligne droite avec du vent, je veux voir mes données sur la moyenne sauf que là elle était passée à la transition 2 ! AÏE ! Catastrophe, heureusement que j’avais pu voir que ma moyenne après Briançon était de 22.2 km/h. Un peu déçu quand il annonce mes records sur la monte. Je suis déçu je n’aurai pas mon analyse sur un seul graphique. Tant pis, je me remobilise et relance le mode triathlon sur ma montre.

Je me dis, qu’il faut que je me concentre sur ma moyenne comme j’avais l’intention de le faire et tout devrait bien se passer.

Malheureusement, ne plus avoir le décompte des km globaux me pénalise dans l’attente du Pallon, je pense qu’on y est presque alors qu’il me reste 15 km. Et oui lors de mon stage j’ai chuté dans le col de l’Izoard, descendu jusqu’à Briançon et c’est l’inconnu jusqu’au Pallon que j’ai fait 2 jours après ma chute. Cette attente sur le parcours sera, à plusieurs reprises, longue et interminable. De plus, je commence à avoir mal aux fesses…

Je finis enfin par arriver au col du Pallon. J’étais content d’arriver mais il m’a fallu 5 min avant de me mettre dedans. Entre temps je recolle un groupe qui, dès le début ce questionne sur « la distance du Pallon », un sort “3 km”, je souris, l’autre “1.5” et l’autre “2km”. Moi tout ce que je sais c’est que c’est dur ! Une fois mon rythme trouvé, j’ai joué à PAC MAN jusqu’au sommet ! Comme à l’Izoard, car même si je n’étais pas au mieux, j’ai joué aussi au jeu PAC MAN. Bah quoi faut bien s’amuser un peu.^^ Résultat j’ai mangé une dizaine de cyclistes. Il ne faut pas se voiler la face à cet endroit de la course on est obligé de taper dans ses cuisses mais elles ont répondu présentes et je n’ai pas monté comme un fou, seulement à mon allure. Certainement bien aidé par mon 32 à l’arrière que j’avais prévu pour cette occasion, d’ailleurs un spectateur, m’a crié « c’est bien tu tournes bien les jambes, continue comme ça !! »

Partie sur un bon rythme, je crois que j’avais mis mon corps en mode marche.

Jusqu’au Chalvet, je ne vais pas m’arrêter de relancer sur le vélo. Je n’ai toujours pas mal aux jambes, je n’en reviens pas moi-même, mais je me dis qu’il faut que j’en profite !

Je fais toujours attention de bien m’alimenter et de boire suffisamment.

Mais il faut se rendre à l’évidence, j’arrive au Chalvet, je suis encore en forme, je n’ai pas eu de baisse de fatigue, ni de trou noir difficile à gérer. De plus, je sais que je vais voir Jiji. Enfin c’est ce que je croyais ^^ Et oui je vois des personnes applaudir mais pas de Jiji et le col du Chalvet commence. Bon bah je vais la voir tout à l’heure. Je mets ma déception de côté et c’est partie pour la dernière difficulté vélo de la journée. Je n’en reviens pas, je me sens bien et la machine met toujours un moment avant de se lancer, mais ça y est je suis en mode « Col », tourne les jambes, le jeu PAC MAN peut recommencer. Je l’ai bien monté et j’ai pris mon temps une fois au ravito en haut car je sais que c’est le dernier, le dernier avant le MARATHON !

Je fais la descente très prudemment, trois me double au début, mais quatre resterons derrière sur la fin, ils ont dû se dire la même chose que moi, ce n’est pas si près du but qu’il faut chuter. Même si je suis lucide et encore bien frais, je sais que je ne suis pas en pleine possession de mes moyens après 188 km à vélo et la natation. Il y a beaucoup de graviers et chuter à ce moment de la course c’est compromettre sérieusement l’objectif.

J’entends le speaker, ça y est c’est la fin du vélo. Je souris sur mon vélo, je suis frais, je n’ai pas tapé dans mes jambes. C’est un rêve je n’en reviens pas moi-même. Cette course se déroule comme jamais je ne l’aurai imaginé.

Comme je l’ai dit à Jiji c’est incroyable comment mon cerveau s’est mis en « mode machine » sur le vélo, j’avais 188 km à faire alors je les ai fait, point barre. Je n’ai pas eu de vrai moment difficile comme l’envie d’abandonner ou de vraie pensée négative, comme « qu’est-ce que je fais là ? », tout s’est passé incroyablement bien et surtout très vite ! Je ne pensais pas que le temps serait passé si vite sur le vélo, surement parce que je le redoutais énormément. A plusieurs moments je me suis dit que j’allais peut-être payer le fait de me sentir bien mais non, c’était mon jour.

Je me la joue triathlète (bah oui j’ai les chaussures maintenant ^^), je dégrafe mes deux pieds, mais bon faut pas rêver j’ai pas sauté du vélo sur la ligne comme Vincent Luis, non non, au contraire, le bon vieux amateur, qui prend le temps de descendre de son vélo à l’arrêt. Je suis sûr que ma grand-mère aurait été plus rapide… Hein mamie ? 😉

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here